MOF PÂTISSIERS 2026 LES NOUVEAUX LAURÉATS

OCTOBRE / 2026

Six cols et une première

BORDEAUX (GIRONDE)

À Bordeaux, la 28ᵉ session de l’examen a couronné six nouveaux Meilleurs Ouvriers de France Pâtissiers Confiseurs et, pour la première fois de son histoire, une femme.

Il y a des journées qui se racontent longtemps après. Le mercredi 14 octobre 2026 sera de celles-là. Au CFA des Compagnons du Devoir et du Tour de France de Bordeaux, au terme de trois jours d’épreuves, six pâtissiers ont entendu leur nom résonner dans la salle et rejoint la famille des Meilleurs Ouvriers de France Pâtissiers Confiseurs. Parmi eux, Fanny Le Duff devient la première femme à recevoir le col bleu-blanc-rouge dans cette classe. Depuis 1939, cent trente-deux lauréats avaient tracé le chemin. Ils sont désormais cent trente-huit. Et pour tout un métier, une page se tourne.

Une madeleine pour sujet

Le thème imposé de cette 28ᵉ session avait de quoi faire sourire tout pâtissier : « À la recherche du temps perdu ». Comment ne pas penser à la madeleine de Proust, ce peLt gâteau devenu le symbole universel de la mémoire du goût ? Encore fallait-il traduire cette évocation en sucre, en chocolat, en crème et en feuilletage. Les seize finalistes, sélectionnés parmi les quarante-neuf candidats inscrits, avaient trois jours pour y parvenir. Le programme avait de quoi donner le vertige. Un gâteau de voyage, un millefeuille « simplement vanille », un gâteau au chocolat, un assortiment de petits fours et de douceurs à base de chocolat. Puis la pâtisserie événementielle, avec des croquembouches garnis d’une crème au praliné noisette et des amuse-bouche sucrés. Un dessert de restaurant à l’assiette, autour de la pomme, du coing et de notes florales. Et enfin deux chefs-d’œuvre, l’un en chocolat, l’autre en sucre. Tout le spectre du métier, de la vitrine du quotidien à la pièce d’art, en passant par la table du restaurant.

« Simplement vanille ». Derrière la modestie de l’intitulé se cache peut-être l’épreuve la plus redoutable de toutes. Pas de décor pour détourner le regard, pas d’association audacieuse pour surprendre le jury. Un feuilletage, une crème, une gousse. Et la vérité du geste, sans filet. C’est tout l’esprit du concours : sublimer un produit, jamais le masquer.

Trois jours hors du temps

Ceux qui ont vécu une finale du MOF le savent : le temps n’y a plus la même texture. Les heures filent quand une cristallisation résiste, elles s’étirent quand on attend qu’un sucre refroidisse. Derrière chaque finaliste, il y a des mois, parfois des années de préparation. Des soirées au laboratoire après la journée de travail, des week-ends sacrifiés, des familles qui ont appris à vivre au rythme des entraînements. Tout cela se joue en trois jours, et chaque geste compte. La tension, bien sûr, ne quitte jamais tout à fait la salle. Celle du sucre tiré qui peut céder au dernier moment, celle du transport d’une pièce en chocolat jusqu’à la table de présentation, celle du chronomètre qui ne pardonne rien. Mais il y a aussi ces instants de grâce que tous les MOF évoquent avec la même lueur dans le regard. Une pièce qui tient. Une assiette qui part exactement comme on l’avait imaginée. Car aucun candidat n’était seul face à l’épreuve. Chacun était secondé par un commis, élève du CFA des Compagnons du Devoir et du Tour de France, encadré par l’équipe de Jim Struzyk, directeur régional de l’établissement. Pour ces jeunes, l’immersion est rare : trois jours au plus près de l’excellence, à observer l’organisation d’un poste, la précision d’un geste, la manière de garder son calme quand tout semble vaciller. « Ils découvrent ce que signifient l’excellence, la persévérance, l’innovation et la maîtrise d’un métier », souligne Jim Struzyk, qui y voit une expérience particulièrement inspirante pour des élèves qui se destinent à ces professions. Il n’est pas interdit de penser que, parmi eux, se cache un futur lauréat.

De l’autre côté de la table

Juger ses pairs n’a rien d’anodin. Autour de Philippe Segond, président de la classe Pâtisserie, Confiserie, et d’Emmanuel Serna, président du jury général, les membres du jury savent mieux que quiconque ce que représente chaque pièce posée devant eux. Beaucoup sont passés par là. Ils ont connu les nuits sans sommeil, le doute de la veille, le silence pesant avant la proclamation. Leur exigence est à la hauteur du titre, mais elle se nourrit aussi d’une profonde estime pour ceux qui osent se présenter. Maîtrise des techniques, connaissance des matières premières, précision d’exécution, organisation du travail, respect des règles professionnelles, créativité : rien n’échappe à leur regard. Et lorsque vient l’heure des délibérations, il faut trancher. C’est sans doute le moment le plus lourd pour un juré, celui où l’on mesure qu’une décision va changer le cours d’une carrière, et parfois d’une vie. Le titre de Meilleur Ouvrier de France ne se donne pas. Il se reconnaît.

Le col, enfin

Mercredi, à l’issue des délibérations, la salle retient son souffle. Un nom, puis un autre. Ceux qui ont assisté à une proclamation connaissent ce mélange si particulier de joie, d’incrédulité et de soulagement. Les accolades, les mains qui tremblent encore, les familles qui ne savent plus s’il faut rire ou pleurer. Des mois de travail se dénouent en quelques secondes.

Ont été proclamés lauréats de la classe Pâtsserie, Confiserie de la 28ᵉ session de l’examen « Un des Meilleurs Ouvriers de France » :

• Loïc Beziat (Cahors)

• Romain Bert (Nantes)

• Fanny Le Duff (Grazac)

• Thomas Mahou (Rouen)

• Jérémy Massing (Barr)

• Joannic Taton (Écully)

Six parcours, six régions, six manières d’aborder la maLère. Et au milieu d’eux, un moment d’histoire. En devenant la première femme Meilleur Ouvrier de France dans la classe Pâtisserie, Confiserie, Fanny Le Duff ouvre une porte que beaucoup attendaient de voir s’ouvrir. Son titre ne récompense pas seulement un talent. Il dit à toutes les jeunes pâtissières qui rêvent du col tricolore que ce rêve est à leur portée. Luc Chatel, président du COET-MOF, le rappelait : le titre est accessible à tous ceux qui s’engagent avec ambition et détermination.

À l’issue de la proclamation, les œuvres réalisées pendant l’examen ont été présentées aux candidats, à leurs proches, aux commis, aux organisateurs, à la presse et aux professionnels venus découvrir le travail des lauréats et de l’ensemble des finalistes. Un instant de partage, enfin, après trois jours de concentration.

Ceux qui reviendront

Seize finalistes, six lauréats. Pour les dix autres, la soirée a eu un goût plus amer. Il serait pourtant injuste de les oublier. Atteindre la finale du MOF, c’est déjà se hisser parmi les meilleurs artisans de sa génération. C’est avoir franchi les épreuves qualificatives, tenu des mois de préparation, présenté devant le jury des pièces qui forcent le respect. Leurs œuvres, exposées aux côtés de celles des lauréats, l’ont montré à tous ceux qui étaient présents. L’histoire du concours est d’ailleurs pleine de ces titres arrachés à la deuxième ou à la troisième tentative. Georges Larnicol, lui, adresse aux candidats un message que les finalistes de cette année pourront méditer : « Faisons des erreurs. Des milliers d’erreurs, des centaines de milliers d’erreurs. Parce que c’est dans l’erreur qu’est demain. » La déception d’aujourd’hui est souvent le premier chapitre du titre de demain. À ceux qui reviendront, la profession dit simplement : bravo, et à bientôt.

Le temps retrouvé

Proust a consacré sept volumes à la recherche du temps perdu. Le dernier s’intitule Le Temps retrouvé. Pour les six nouveaux Meilleurs Ouvriers de France Pâtissiers Confiseurs, c’est exactement cela : des mois de travail, de doutes et de sacrifices qui prennent soudain tout leur sens. Pour les dix autres finalistes, c’est une promesse qui reste à tenir.

« Les Meilleurs Ouvriers de France contribuent à faire vivre un patrimoine d’exception, tourné vers l’avenir », rappelle Luc Chatel. Cette 28ᵉ session en est la plus belle illustration. Un métier qui s’ouvre et qui continue de transmettre ses gestes d’une génération à l’autre, jusqu’aux jeunes commis qui ont partagé ces trois jours. Cent trente-huit lauréats ont désormais tracé le chemin. Les suivants sont déjà au travail.

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